• Accueil
  • Nathalie Gateau, DRH de conviction : entre exigence juridique, intelligence humaine et innovation
Nathalie Gateau - DRH de transition - Growan Partners

Nathalie Gateau, DRH de conviction : entre exigence juridique, intelligence humaine et innovation

2 février 2026 admin1594 Comments Off

Spontanée, authentique et engagée, Nathalie Gateau exerce la fonction de Directrice des Ressources Humaines depuis plus de 30 ans au sein de groupes internationaux, aux cultures et aux secteurs d’activité très variés.
Récemment réélue au board de l’ANDRH, elle a accepté de répondre à quelques questions pour Growan Partners, cabinet expert en management de transition, afin de partager son regard sur la fonction RH, les transformations en cours et les clés d’un parcours durable.

1-Vous êtes diplômée d’Assas en droit et titulaire d’un master RH de l’ESSEC. En quoi cette double formation a-t-elle constitué un atout tout au long de votre carrière de DRH ?


Lorsque j’ai débuté dans les années 90, le droit social était le sésame indispensable ; on parlait d’ailleurs de “Directeur du Personnel” bien plus que de DRH. J’ai suivi cette voie classique, mais j’ai vite réalisé que n’exercer ce métier que par le filtre du droit était restrictif, voire réducteur, face aux enjeux stratégiques de l’Humain.

C’est au sein de Groupes suédois, où la fonction RH était déjà un levier de performance valorisé, que j’ai ressenti le besoin de théoriser mes pratiques. J’ai donc rejoint le cursus de J.M. Peretti à l’ESSEC. Ce fut pour moi, une révélation : à l’image de Monsieur Jourdain, je faisais des RH par intuition, et cette formation m’a ouvert aux disciplines qui me manquaient. Cette dualité m’a permis de bâtir ma carrière sur un cadre complet, mêlant l’exigence juridique d’Assas à la dimension humaine des organisations apprise à l’ESSEC.

Avec le recul, cette dualité a été ma boussole : elle m’a permis de toujours concilier la protection du cadre juridique avec l’agilité nécessaire au développement humain.


2-Votre parcours vous a amenée à évoluer dans des cultures d’entreprise très différentes. Quelles sont, aujourd’hui, les compétences ou réflexes issus de ces expériences multiculturelles qui vous sont les plus utiles au quotidien ?

Il est vrai que j’ai été amenée à travailler dans des environnements incroyablement différents : L’Industrie, les Télécom, les Médias, la Cosmétique mais également des groupes familiaux, néerlandais, américains, suédois… ! J’estime que c’est une grande chance ! L’Ecoute et l’Adaptation sont des facteurs clés pour parvenir à remplir le rôle qui nous est assigné, surtout dans les RH. Savoir décoder les comportements, les habitudes culturelles sont souvent plus impactantes que les enjeux business ! Engager des actions, c’est bien, mais être clair sur la manière dont on va le faire, c’est mieux : Vous n’agirez pas de la même façon dans une société de culture scandinave ou française. J’ai souvenir d’une anecdote qui illustre assez bien ce propos où une directrice MKT/COM suédoise tout droit débarquée de Lund dans ma filiale française pour mettre en place un projet, s’étant essuyé un refus immédiat de notre directeur commercial avait tourné les talons (puisqu’il avait dit « non »), et s’était vue rappelée par ce dernier la targuant : « Attends…, où vas-tu ? on n’a même pas commencé à discuter ! ». Le « non » selon la culture ne recouvre pas du tout le même sens.


3-Vous avez conduit des restructurations complexes tout en pilotant des projets ambitieux de développement et de transformation. Avec le recul, de quoi êtes-vous la plus fière dans votre parcours professionnel ?


Même si l’on évalue la réussite des projets RH en fonction d’objectifs prédéfinis, (économiques, réputationnels, etc…), ma plus grande fierté réside dans les femmes et les hommes qui m’ont accompagné dans leur mise en œuvre et que j’ai vu grandir. Aucune transformation, aucune démarche RH d’envergure ne se réalise seul ; c’est avant tout une œuvre collective. Observer, au fil de leur déploiement, l’épanouissement, je dirais même “l’éclosion” de certains talents procure une satisfaction immense et reste souvent un marqueur fort et déterminant du succès des opérations que l’on mène.


4-L’intelligence artificielle s’impose progressivement dans les organisations. Selon vous, quel rôle l’IA va-t-elle jouer dans les prochaines années pour la fonction RH, et avec quels points de vigilance ?

Des opportunités gigantesques pour la fonction RH ! Formez-vous, acculturez-vous car le métier va se recentrer à mon sens de plus en plus sur l’essentiel : l’Humain : les données statistiques, mesurables, les reportings seront de plus en plus automatisés. Les tâches transactionnelles également, probablement absorbées à 80% par l’IA. Dans un monde où les compétences techniques devront se renouveler sans doute tous les 18 mois, la fonction RH sera « L’Architecte des Organisations », le « Sociologue augmenté par la Donnée ». L’IA prédictive nous permettra d’anticiper les besoins en compétences avant même qu’ils n’apparaissent, et la fonction RH veillera à ce que le “tourbillon des changements” ne brise pas le collectif. Passionnant !


5-Vous êtes engagée depuis de nombreuses années au sein de l’ANDRH et récemment réélue à son conseil d’administration. En quoi cet engagement nourrit-il concrètement votre pratique des Ressources Humaines ?


Premier réseau RH de France, l’ANDRH est bien plus qu’un lieu d’échange : c’est pour moi, un moteur de transformation. C’est là que se dessine l’avenir de nos métiers. Membre du bureau depuis plus d’une décennie, j’y cultive le goût de la découverte et de l’animation. Chercher à susciter l’intérêt de nos membres, c’est s’obliger à l’introspection et à la remise en cause permanente. Ce réseau agit sur moi comme un stimulateur intellectuel : il me pousse à questionner mes certitudes. Face à la déferlante de l’IA, c’est ce regard prospectif qui m’aide à me forger mes convictions, et dans l’exercice de ce métier, j’estime qu’il agit comme un soutien considérable (pour ne pas dire indispensable) pour me permettre de progresser.


6-Quel conseil donneriez-vous à un(e) jeune professionnel(le) RH qui débute aujourd’hui et souhaite construire une carrière riche et durable, à l’image de la vôtre ?

Identifie tes forces. Cultive ta curiosité pour la tech et maîtrise les outils. Persévère, écoute, travaille et amuse-toi. Ne perds jamais de vue que ta véritable valeur ajoutée réside dans ta capacité à comprendre, avec finesse et intuition, l’irréductible complexité de l’humain…


7-Enfin, y a-t-il une habitude, une discipline ou un “rituel” personnel qui vous aide à prendre du recul et à garder le cap dans les périodes de forte pression ?

Une coupe de Cristal Roederer sur ma terrasse accompagnée d’un bon son (Rachmaninov ou Carl Cox en fonction du moment…).