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Transformation RH : et si le vrai sujet était ailleurs ?

8 mars 2026 admin1594 Comments Off

Interview exclusive de Charlotte Ballero

Directrice des Ressources Humaines aguerrie aux environnements les plus exigeants, Charlotte Ballero accompagne depuis plus de vingt ans des transformations sociales, organisationnelles et managériales de grande ampleur. Issue du conseil, passée par des institutions majeures comme Radio France et Croix-Rouge française, elle conjugue vision stratégique, exécution opérationnelle et et sens profond du terrain.

Sa singularité tient autant à son niveau d’exigence et de performance qu’à sa posture : une capacité d’écoute sincère, une attention réelle portée aux équipes, une simplicité et une humilité qui nourrissent la confiance, même dans les contextes les plus sensibles. Toujours dans l’aide et l’accompagnement, elle défend une transformation à la fois économiquement solide et humainement soutenable. »

Charlotte, où en êtes-vous aujourd’hui ?

Je travaille actuellement par mission, en conseil et en management de transition, le temps de retrouver un nouvel engagement durable.

C’est une période active : échanges, rencontres, entretiens exploratoires. Je prends le temps d’identifier le bon contexte, le bon niveau d’enjeu, le mandat qui permettra d’avoir un impact réel.

Je reste attachée à une logique d’inscription dans la durée, au service d’enjeux structurants pour l’entreprise, – de performance, d’organisation et d’adaptation de son modèle.

On parle beaucoup de transformation RH. Qu’est-ce qui vous frappe aujourd’hui ?

Ce qui me frappe, c’est que tous les secteurs vivent une transformation profonde — mais pas pour les mêmes raisons.

  • Par exemple, l’aéronautique et la défense accélèrent : ils doivent faire face à des enjeux de montée en capacité majeure, qui passent par des recrutements massifs, mais aussi par des efforts de productivité, avec tout ce que cela implique sur le plan RH: transformation des métiers avec la robotique et l’IA, évolution du modèle de production, etc. Ces changements de modèle se voient aussi dans d’autres secteurs, du luxe aux mutuelles par exemple, chacun avec des enjeux différents.
  • L’automobile ou la chimie se reconfigurent sous pression internationale, ce qui malheureusement, va entraîner des mouvements possiblement subis, alors qu’on peut toujours les gérer positivement, sortir par le haut des sujets.
  • Et puis il y a des secteurs qui ne sont pas forcément en pleine révolution, mais qui doivent progresser sur leurs fondamentaux, se réinventer pour performer mieux, asseoir une meilleure rentabilité, tout en quittant paradoxalement des logiques exclusivement portées par la gestion des coûts : l’énergie, la santé et le médico-social, les services, le facility management…  Les enjeux sont ici de toujours réussir à opérer, à “délivrer” mieux, et avec toujours les mêmes difficultés : recrutement sur les métiers en tension, fidélisation versus turnover, absentéisme, projection d’effectifs… Le cœur du sujet ici, le socle de la performance opérationnelle, c’est de porter réellement attention aux gens sur le terrain : les conditions d’emploi et de travail proposées, le cadre managérial, – les responsabilités confiées, l’autonomie, la reconnaissance -…

Des transformations, il y en a toujours eu, c’est un état permanent. Ce qui change aujourd’hui, c’est leur simultanéité et leur rapidité. Les entreprises n’ont plus le luxe de traiter ces sujets l’un après l’autre, au risque d’épuiser les équipes.

Dans ce contexte, la question n’est plus “comment conduire une transformation RH ?”

La vraie question est de savoir si le modèle est-il suffisamment solide pour absorber des transformations permanentes. Et cela dépasse largement la RH. C’est un sujet de gouvernance, d’organisation, de management, de capacité collective à s’adapter.

Si les transformations RH ne sont pas un sujet RH, à quoi servent les RH du coup ?

Je provoque un petit peu! je suis la première à penser que les RH sont un levier stratégique, à le porter et à le vivre au quotidien. Mais je dis que c’est vrai, à condition de ne pas faire “que” de la RH.

Être business partner ne veut rien dire si cela ne s’incarne pas dans une compréhension opérationnelle du modèle économique, des contraintes industrielles, du terrain.

Être stratégique, ce n’est pas produire plus de dispositifs. C’est comprendre finement le business, challenger les choix d’organisation, anticiper les impacts humains d’une décision industrielle ou financière.

Les RH doivent être capables de challenger une organisation, de proposer des trajectoires réalistes pour passer les camps, et surtout de décliner une feuille de route alignée aux priorités business : métiers critiques, productivité, mobilités, transformations technologiques…

Avec un socle qui reste le même, simple mais réajusté aux enjeux actuels, et profondément engagé : qualité du management, clarté des responsabilités, autonomie réelle, reconnaissance, sécurité.

Et vous, qu’apportez-vous concrètement dans ces contextes ?

Je suis issue du conseil et j’exerce depuis plus de dix ans des responsabilités opérationnelles de direction RH.

Cette double culture permet d’articuler vision stratégique et exécution terrain.

Structurer une trajectoire, conduire des réorganisations, accompagner des phases de croissance ou d’adaptation de modèle, tout en gardant une attention très concrète aux impacts humains.

Aujourd’hui, je souhaite rejoindre une ETI significative ou une filiale de grand groupe confrontée à des enjeux structurants de performance et d’évolution de son modèle.

Parce que la transformation n’est réussie que lorsqu’elle est à la fois économiquement solide et humainement soutenable.

Votre regard évolue-t-il dans cette période de transition professionnelle ?

Cette période me permet de prendre du recul et d’observer différents modèles. Elle confirme ma conviction : la fonction RH est un levier puissant lorsqu’elle assume pleinement son rôle stratégique et opérationnel.

Ce n’est pas une posture. C’est une capacité à relier vision, terrain et trajectoire humaine.

Au fond pour moi, le sujet central reste la mobilité : la capacité d’une organisation à faire évoluer ses compétences, à accompagner les projets, à anticiper les transitions plutôt que les subir, etc.

Et cela suppose une chose essentielle : rester profondément connecté au terrain pour trouver les leviers qui vont permettre de gérer, accompagner et faire réussir ces transformations.

Pour finir, pourquoi le management de transition vous semble-t-il une solution efficace dans ces moments charnières ?

J’ai une posture un peu singulière : j’ai été tour à tour cliente, commanditaire de missions, et manager. Cela me donne une lecture assez claire de ce que ce type d’intervention peut réellement apporter.

Le recours à un dirigeant en mission peut être un accélérateur décisif. Il permet de poser un diagnostic rapidement, de clarifier une stratégie, d’aligner les acteurs clés et d’embarquer les équipes dans une dynamique structurée.

La valeur tient aussi à la capacité d’agir sans inertie, avec un regard externe, tout en préparant la suite. Une mission réussie ne se contente pas de stabiliser une situation : elle crée les conditions de la pérennité de ce qui a été installé.

C’est également, pour une entreprise, l’opportunité de tester un profil dans l’action, dans un contexte réel d’enjeu. Parfois, cela peut naturellement s’inscrire dans la durée.

Enfin, la force d’un cabinet comme le vôtre — j’ai pu l’expérimenter — réside dans sa capacité à comprendre très vite le besoin, le contexte, la culture, et à proposer la bonne personne au bon moment. Dans ces périodes charnières, cette réactivité est stratégique.